-Tu peux te présenter?
Romain Edelmann, actuellement en échange à l'université de Kôbe pour un an. Je suis le premier joueur européen (et donc français) à pratiquer le Karuta, et rentrant bientôt en France, à Paris plus précisément, j'ai pour ambition d'initier un maximum de personnes à ce magnifique sport qu'est le Karuta. Ainsi, si voir Chihayafuru a titillé votre curiosité, n'hésitez plus, et contactez moi ! Vous pouvez par exemple passer sur la page Karuta France sur Facebook : vous y trouverez toutes sortes d'informations utiles, et vous pourrez y poser autant de questions que vous souhaitez.
J'ai bien l'intention de soutenir toute personne ayant la volonté de s'essayer au Karuta, d'abord par internet, puis en personne quand je serai de retour au pays !
-Ton premier match?
Quand on voit les 50 cartes sur le terrain, qu'on sait pas trop où mettre les notres, et qu'on a que 15 minutes pour tout mémoriser, on se dit qu'on en verra pas le bout.
Je ne me souviens plus très bien de ma première partie, mais quelque chose qui m'a marqué, c'est que je sentais bien que par moment, mon adversaire se retenait un peu trop.
Ça me frustrait de le voir parfois me laisser prendre des cartes, je me rappelle d'ailleurs avoir dit le soir-même sur Facebook "Je veux devenir suffisamment fort pour leur demander de ne pas se retenir".
Ça m'avait pas mal travaillé sur le coup, et la première fois que je les ai vus jouer sérieusement contre moi, j'étais vraiment content !
-Ce qui te plait le plus dans le Karuta ?
Il y a beaucoup de choses que j'adore dans ce sport. Il mêle des efforts physiques et de la réflexion. Ensuite, le fait qu'on soit amené à créer son propre jeu. Prenez par exemple les échecs. Si vous souhaitez devenir fort, vous serez obligés d'apprendre des stratégies. Et ces stratégies seront les mêmes pour tous. Alors qu'au Karuta, les qualités nécessaires sont tellement nombreuses qu'on ne peut pas tout bien faire. Donc au final, il est important de savoir ce pour quoi on est bon, quels sont au contraire nos points faibles, tenir compte également de ceux de l'adversaire, et en fonction de tout cela, on peut alors déterminer la stratégie la plus adaptée.
Mais je crois qu'au final, ce qui me plait le plus dans le monde du Karuta, c'est son ambiance. Les gens y sont tous extrêmement sympas, motivés, et heureux de t'aider. J'ai été accueilli d'une manière formidable partout où j'allais, et je pense pouvoir dire qu'aujourd'hui, je connais plus de joueurs de Karuta que de non joueurs.
-Quelles sont les qualités requises pour bien jouer au Karuta?
Comme le dit Arata dans la série, si améliorer son feeling est difficile, il existe une infinité de manières de prendre plus rapidement les cartes, et c'est justement ce qui compte.
Ce qu'ils appellent le feeling, c'est en fait une association de l'ouïe et de la capacité de concentration maximum..
La concentration, elle, a trois aspects différents : la concentration maximum (celle qui permet de réagir extrêmement rapidement), la capacité à rester concentré (et à ne pas avoir de moments d'absences), et enfin l'endurance (après plusieurs matchs, se concentrer devient de plus en plus dur). C'est pour moi véritablement l'aspect le plus important du Karuta. Pour les autres qualités, on trouve par exemple les réflexes, la rapidité de mouvements, la stratégie, la précision, le mental (pour ne pas s'attarder sur les erreurs), la mémorisation, la capacité à oublier (quand on enchaine les matchs, on a tendance à s'emmêler)... Bref, trop de qualités pour qu'on les ait toutes, et c'est pourquoi il sera important de savoir quelles sont celles qu'on a, et comment cela nous permettra de compenser celles que l'on n'a pas.
-Mais c'est pas trop dur?
Non, ce n'est pas trop dur ! Déjà, il faut savoir que les Japonais eux-mêmes paniquent avant de commencer, et sont persuadés qu'ils n'y arriveront pas !
Là, je vous vois venir. « Oui mais moi je parle pas japonais ! »
En réalité, ce n'est pas nécessaire. Ça peut aider au début, mais c'est tout. Pour commencer, les poèmes étant écrits dans du japonais ancien, la plupart des Japonais sont incapables de les comprendre. Et inutile également de les apprendre par coeur, car tout ce qu'il faut connaître, c'est la syllabe déterminante de chaque poème. Par exemple, si vous savez que le poème « Chihayaburu kamiyo mo kikazu tatsutagawa / Karakurenai ni mizu kukuru to wa » est détectable sur le son « Chiha » (on dira alors que le nom de la carte est « Chiha »), c'est suffisant !
La seule condition est donc de pouvoir lire les hiragana, ce qui ne prendra pas plus d'une semaine à quelqu'un de motivé !
Et si malgré tout cela vous paraît trop difficile, il existe des cartes pour débutants sur lesquelles sont écrits les noms des cartes. Ainsi, un peu comme dans l'anime quand Chihaya joue contre Arata, vous verrez en grosses lettres rouges sur la carte « CHIHA » sur la carte associée. Dans ces conditions, même un parfait débutant peut jouer !
Pour l'anecdote, quand un néophyte a vu jouer une fille de mon club qui a 6 mois d'expérience, il m'a demandé depuis combien d'années elle en faisait. Car il ne s'imaginait pas qu'on puisse obtenir un tel niveau aussi rapidement. Et pourtant, si.
-Réaction des Japonais en te voyant ?
J'ai eu droit à pas mal de réactions assez amusantes. Dans mon club, tout le monde s'est comporté très normalement avec moi,
bien que faisant preuve de beaucoup de curiosité. Mon nom a rapidement fait le tour des membres, si bien qu'il m'est arrivé assez souvent de tomber sur des joueurs me disant « ah, c'est donc
toi Romain ! Je te rencontre enfin ! ».
En dehors de mon club, les gens sont un peu plus surpris, bien que mon nom commence également à pas mal tourner.
Kumehara Keitarô, 6e Dan, qui avait un peu entendu parler de moi, est venu me voir et m'a adressé comme premiers mots : « A ce qu'il paraît tu aimes Code Geass?! C'est qui ton personnage préféré?! ».
Depuis, on continue souvent de se voir et de parler Karuta et anime. Comme moi, il est fan de Clannad !
Lors de mon premier tournoi, à Tôkyô, une des lycéennes que j'ai affrontée était toute contente à l'idée de m'affronter et est allée le répéter à ses amies avant même que le match ne commence (c'est suffisamment rare de son côté pour faire une anecdote à raconter) !
Mais la rencontre qui m'a probablement le plus marqué fut la suivante : un lycéen américain d'origine japonaise vient s'entraîner à notre club. On discute un peu, et il me demande « tu es français, c'est bien ça? ». Chose qui m'étonne, car je n'en avais pas parlé. Il m'explique alors que c'est Kubo-san qui lui en a parlé. Kubo-san que je ne connais pas, ce qui me surprend donc toujours un peu plus. Et puis la révélation : « Ah, au fait, Kubo-san, c'est l'ancienne Queen ». Ah, ok... Heu... L'ancienne Queen? Elle me présente moi?!
Enfin, j'ai compris plus tard que Itô Rie, 5e Dan et meilleure joueuse de Kôbe jusqu'à cette année (elle vient de terminer l'université), et qui s'est beaucoup occupé de moi, avait parlé de moi à l'ancienne Queen, et que cette dernière ayant des contacts avec d'autres joueurs étrangers, s'était intéressée à mon cas. Rie-san et et Kubo-san sont d'ailleurs les deux personnes qui m'encouragent le plus à créer une équipe française !
Pour finir, et de manière plus générale, les Japonais sont vraiment heureux de voir des étrangers s'intéresser au Karuta, et font preuve d'énormément de curiosité !
-Un mot de joueurs expérimentés ?
-Kubo Kumiko, ex-Queen-
Le Karuta est un sport qui peut en effet paraître difficile d'accès, puisque l'on doit commencer par mémoriser l'ensemble des cartes. Et pourtant, une fois qu'on s'y essaie, c'est de manière inattendue assez facile !
Même des élèves de maternelle parviennent à tout mémoriser rapidement.
Et une fois que c'est fait, c'est dans la poche ! Plus on pratique, plus on s'améliore, et plus ça devient passionnant !
Moi-même, je me suis essayé à bon nombre de sports comme le basket ou encore le Baseball, mais le seul que je continue de pratiquer aujourd'hui encore, c'est le Karuta. Cela prouve, je pense, toute la profondeur et le charme de ce sport !
Tout mémoriser sera peut-être en effet difficile pour des non-Japonais. Mais il faut savoir qu'il y a déjà des joueurs étrangers 2e dan ! Donc en fait, ce n'est pas du tout un problème !
Je suis en tout cas très heureux d'apprendre que des Français s'intéressent de prêt au Karuta, qui fait partie intégrante de la culture japonaise. Je tiens donc à vous encourager de tout mon coeur !
Et j'espère sincèrement avoir un jour l'occasion de me confronter à vous !
-Déclic ?
J’en ai fait connaissance avec la série Chihayafuru, grâce à Kallen, un bloggeur Gamekult. Je ne connaissais rien au Karuta, et en me disant que j'avais adoré Hikaru no Go, je me disais que ça pourrait être pareil pour cette série. Plus je regardais, et plus j'aimais l'anime, mais au début je n'étais absolument pas entré dans un mode « il faut que j'essaie ce sport ! ». Je regardais vraiment cette série comme n'importe quelle série de sport shônen.
Puis l'un de mes traits de personnalité s'est exprimé. J'avais déjà envisagé de commencer un jeu intellectuel, type go ou shôgi avant de venir au Japon, donc je penchais pour l'un des deux. Mais comme j'étais en train de regarder Chihayafuru, je me suis dit « tiens, pourquoi pas ça aussi? ». En fait, ce qui m'a poussé à faire ce premier pas vers le Karuta et pas le go par exemple, c'est que j'avais envie de me mettre à l'épreuve. Est-ce que je suis capable de réussir dans un sport prévu pour les Japonais? Est-ce que je parviendrai à tirer un avantage de ma mémoire globale, sans être pénalisé par ma faible mémoire visuelle? Est-ce que je pourrai compenser mes problèmes de concentration avec mes réflexes?
J'y suis vraiment allé avec un esprit de challenge, sans me dire un instant que j'étais sûr que j'allais aimer le Karuta. Au mieux, j'avais le sentiment que j'avais le profil pour y jouer, mais c'était tout.
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Au début, j'étais donc uniquement dans ce mode « je veux progresser », et je pense qu'il m'aura fallu attendre 1 mois environ pour que je commence véritablement à me passionner pour ce sport. Et alors qu'au début, je faisais du Karuta en attendant de pouvoir refaire du basket, j'ai fini par oublier complètement ce dernier, et à donner la priorité au Karuta. Aujourd'hui, je passe mon temps à penser au Karuta dès que je ne fais rien, à réfléchir à ce que je pourrai faire pour m'améliorer, et à comment je pourrais convertir de nouveaux joueurs en France.
Donc quand sur la page Facebook que j'ai créée, je vois des gens me dire qu'ils sont vraiment motivés pour commencer le Karuta, et que même seuls, ils le feraient, ça me réjouit véritablement ! Je me dis que je peux leur faire complètement confiance, car ils sont bien plus motivés que moi je ne l'étais à mes débuts !
-Et l'association, elle en est où ?
Pour l'instant, on est en phase de recherche active de nouveaux membres. Évidemment, l'association n'a pas de statut officiel. Ça, je m'en occuperai quand je serai de retour en France, et que j'aurai réuni suffisamment de membres (mais je suis assez confiant de ce côté là). Je laisse toutes sortes de messages sur la page Facebook, certains sur mon parcours, d'autres sur le Japon en général, et puis bien sûr, je laisse des articles sur le Karuta. Pour l'instant, je laisse mes articles sur un blog que je tenais il y a quelques années (en laissant systématiquement un lien sur la page facebook pour que tout le monde y ait accès facilement), afin d'avoir une base de donnée plus sure qu'une page facebook, mais un des membres du groupe est en train de créer un site juste pour le Karuta.
A l'heure où j'écris ces lignes, l'essentiel des articles les plus importants pour commencer le Karuta sont déjà en ligne. Des tutoriels pour télécharger les programmes indispensables (les fichiers audio pour les poèmes par exemple, ou les cartes à imprimer, bien que ce ne soit pas un programme), une explication en profondeur des règles, des conseils pour apprendre le japonais pour ceux que ça intéresserait, un résumé de tout ce qui est nécessaire pour jouer au Karuta, un cours détaillé sur la mémorisation des cartes et de leurs syllabes déterminantes... Et ça continue à venir ! Quand j'aurai terminé tout ce qui est lié à l'introduction au Karuta, j'irai plus loin en présentant également de nombreuses stratégies de jeu !
Pour l'instant, nous avons à peu près une dizaine de personnes prêtes à jouer au Karuta, un peu partout en France. On en a à Metz, Toulouse, Nice, Nantes, Marseille, Lorient, Belgique et bien sûr à Paris. Comme nous sommes un peu éloignés, ça ne facilitera pas les parties entre nous, mais l'avantage est que si d'autres personnes souhaitent rejoindre le groupe, elles seront presque sures d'avoir quelqu'un à proximité ! Nous avons déjà pour projet d'organiser des rencontres sur Paris afin de jouer ensemble, et que j'utiliserai également pour initier tous ceux qui débuteront. Je suis sûr qu'on trouvera également des solutions pour héberger des personnes sur Paris pour ceux qui habiteraient loin. Enfin, j'ai d'autres projets dont je parlerai une fois que l'association sera bien installée, mais en tout cas, une chose est sure. Mon objectif reste fixé : créer une équipe française, participer à un tournoi par équipe au Japon, et faire en sorte que d'ici quelques années, on dise de la France qu'elle est le 1er pays joueur de Karuta après le Japon !
Je compte donc sur vous pour venir nous aider à rendre possible cette ambition !
Et pour finir, nous vous présentons une vidéo d'un tournoi par équipe, entre l'équipe de Kyôto Daigaku et celle de Ritsumeikan, deux des meilleures universités en Karuta. Notamment Ritsumeikan jusqu'à cette année, puisqu'ils avaient 3 personnes dans le TOP 20 je crois (Notamment la Queen, et celle qui a été challenger de la Queen).